Les différentes options de sortie pour un investisseur

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Investir dans le capital-investissement signifie entrer dans le capital de sociétés non cotées et soutenir directement l’économie. Vue d’ensemble des supports, des rendements et des risques.

Le capital-investissement, longtemps réservé aux business angels, s’impose aujourd’hui jusque dans les portefeuilles des investisseurs non professionnels. Cette épargne, à la croisée d’une quête de sens et d’une recherche de rendement, mérite décryptage. Pour s’y aventurer, encore faut-il en maîtriser les arcanes, les promesses et les incertitudes.

SOMMAIRE

  • Qu’est-ce que le private equity : définition et explications
  • Pourquoi investir dans le private equity : rendement et risques
  • La fiscalité du capital-investissement

Qu’est-ce que le private equity : définition et explications

Le capital-investissement, ou private equity, c’est prendre part au capital de sociétés non cotées. Ce choix peut se faire en direct ou par le biais de véhicules collectifs. Hors du tumulte des marchés, cette catégorie d’investissement permet d’accompagner l’économie réelle.

Private equity : la version concrète

Participer au private equity, c’est acquérir des titres d’une entreprise absente de la bourse. Prêter main-forte à une jeune start-up locale, soutenir le développement d’une PME familiale, voilà déjà du capital-investissement.

À rebours, investir en bourse relève des marchés cotés.

L’acquisition de parts non cotées peut intervenir au moment de la création d’une société, lors d’augmentations de capital, ou sous forme de rachats de titres entre actionnaires. Sans nouveaux apports financiers, il n’y a pas croissance des capitaux propres.

Les particuliers peuvent accéder à ce type de participation.

Côté structures, les grands investisseurs professionnels tiennent le haut du pavé : on retrouve essentiellement :

  • Des sociétés d’investissement : sociétés de capital-risque, holdings familiaux, family offices, grands groupes industriels engagés dans la diversification ou la croissance externe.
  • Des investisseurs institutionnels (fonds de pension, caisses de retraite…) venus chercher de la diversification et un supplément de performance. Certaines structures comme les assureurs, pour des raisons de liquidité, voient leur exposition réglementée.

Le secteur du private equity a littéralement explosé en une décennie : à la fin 2019, le marché mondial pesait plus de 3 400 milliards de dollars, contre 795 milliards d’euros rien qu’en Europe. À titre de repère, les fonds investis sur les marchés cotés s’établissent autour de 7 000 milliards de dollars.

En 2013 déjà, 38 % des fonds provenaient d’Europe (dont 8 % issus de France), tandis que les États-Unis en représentaient 27 %.

Les métiers et opérations du private equity

Les stratégies du capital-investissement varient en fonction des besoins de l’entreprise et des intentions de l’investisseur.

Capital-risque ou capital innovation

Première étape : injecter des fonds propres dans les jeunes entreprises. Ce terrain de jeu s’adresse aux start-up embryonnaires et très innovantes. Le risque est fort, mais le potentiel existe.

Lorsqu’il s’agit de financer la naissance même d’une société, il est question de capital d’amorçage. Seuls quelques acteurs acceptent d’y aller, face à la hauteur du risque.

Capital développement

Ici, l’investissement vise à soutenir l’expansion d’une société déjà établie. On parle alors de capital de développement.

Capital retournement

Le private equity accompagne aussi le redressement d’entreprises en difficulté. Ce sont des opérations de restructuration, menées par des spécialistes du retournement.

Transmission (ou LBO)

Autre segment : le rachat partiel ou total du capital dans la perspective d’une transmission, via des opérations à effet de levier (utilisation de la dette pour financer l’acquisition).

Ici, la cible affiche le plus souvent une certaine maturité et une solidité bénéficiaire. L’opération allie financement externe, augmentation des fonds propres et stratégie de croissance accélérée.

En France, ce mode de transmission a longtemps été majoritaire. Mais aujourd’hui, la montée en puissance de la tech et des entreprises innovantes tire vers le haut le capital-risque et le capital développement.

Comment investir dans le capital-investissement ?

Deux voies principales : sélectionner soi-même des sociétés non cotées et agir en direct, ou bien passer par un fonds ou une société spécialisée qui s’occupe de tout.

L’actionnaire direct

Cette approche concerne :

  • Certains investisseurs particuliers qui montent une stratégie personnelle d’investissement.
  • Des familles et family offices qui se consacrent à des secteurs sélectionnés pour leur clientèle.
  • Des entreprises qui élargissent leur champ d’action.

Ces profils disposent souvent de ressources pour diversifier leur exposition ; les sociétés d’exploitation bénéficient, elles, déjà d’une diversification métier.

Depuis peu, le capital-investissement attire un public de particuliers. Une nouveauté : la popularité des plateformes de financement participatif qui rapprochent investisseurs et sociétés non cotées à la recherche de fonds, en abaissant le ticket d’entrée et en démocratisant l’accès. Ces plateformes réalisent un premier tri des projets en analysant les dossiers transmis par les entreprises elles-mêmes.

Deux attraits majeurs à ce mode d’investissement :

  • Possibilité de placer sur une entreprise identifiée, que l’on choisit selon ses valeurs ou son secteur d’activité, loin de la logique des paniers diversifiés des fonds traditionnels.
  • Indépendance par rapport aux mouvements erratiques des marchés financiers cotés : la volatilité boursière ne s’y fait pas sentir au quotidien.

Le revers de la médaille : la liquidité fait défaut et la diversification reste réduite. Pour un particulier, il ne s’agit donc jamais d’y consacrer la majeure partie de son patrimoine.

Fonds et sociétés dédiés : le modèle collectif

Les fonds de private equity, tout comme les sociétés spécialisées, fédèrent des capitaux d’origine variée avant d’assembler un portefeuille d’entreprises non cotées.

Ces acteurs s’appuient sur des investisseurs privés ou institutionnels.

Les géants mondiaux ne manquent pas : Blackstone, Carlyle, Apollo Global Management en sont les têtes d’affiche. À noter, certaines sociétés de private equity sont elles-mêmes cotées, à l’exemple de Blackstone, Tikehau Capital ou Eurazeo. Les capitaux peuvent aussi provenir d’entités publiques comme des fonds souverains.

L’effet de levier, autrement dit, le recours à l’emprunt, est fréquemment employé pour amplifier la performance attendue.

Le montage des fonds de private equity rend possible la mobilisation d’une épargne vers le développement des entreprises, y compris en période de difficultés économiques. Dans cette lignée, l’État, par l’intermédiaire de Bpifrance, a lancé récemment un véhicule destiné à diriger l’épargne des particuliers vers l’économie réelle.

Bpifrance Entreprises 1 : le fonds accessible

Le fonds piloté par Bpifrance Investissement, intègre plus de 1 500 sociétés non cotées à partir de 5 000 euros d’investissement, à travers plusieurs fonds existants bâtis sur une quinzaine d’années d’expertise. Il est accessible en ligne, via réseaux bancaires, assureurs ou gestionnaires d’actifs. Il s’adresse aux résidents français non professionnels, capables d’accepter les risques propres au capital-investissement.

L’horizon conseillé s’étale sur au moins 6 ans, avec possibilité de prolongement. Structuré sous la forme d’un FCPR, ce fonds ne propose pas de dispositif fiscal particulier à l’entrée, mais son intégration dans l’assurance vie, un PEA-PME ou un PER permet, selon le cas, de favoriser la fiscalité. Avec un compte-titres classique, une cession après 5 ans exonère la plus-value d’impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux s’appliquent à 17,2 %).

Les fonds gèrent souvent eux-mêmes leur portefeuille, ou confient la gestion à des sociétés de private equity, appelées associés-gérants.

Certains véhicules collectifs comme les FCPI (spécialisés dans l’innovation) et les FIP (fonds de proximité) proposent un avantage fiscal à la souscription pour amplifier l’intérêt des investisseurs particuliers.

Sortir du capital-investissement : quels scénarios ?

Pas de marché secondaire fluide. Le capital placé dans le private equity reste immobilisé de longues années et chaque sortie s’anticipe dès l’entrée en jeu.

Plusieurs solutions de sortie existent : céder ses titres à un autre acteur (fonds, gestionnaire, dirigeants) ou attendre une introduction en bourse, voire un rachat des parts par l’entreprise elle-même.

À chaque fois, la date, la valeur et les modalités de sortie restent aléatoires.

Cession de titres

Pour récupérer son investissement, il faut trouver un repreneur : cela dépend du profil de la société et du contexte du marché. Il peut s’agir par exemple :

  • D’une société exerçant dans le même secteur que la cible, via une opération de rapprochement
  • D’un fonds de private equity reprenant le dossier
  • Des dirigeants qui souhaitent reprendre la main
  • D’une introduction en bourse (IPO) accompagnée d’augmentations de capital

Rachat par la société

Certaines entreprises rachètent les titres des investisseurs si leur trésorerie le permet. Les actions sont alors annulées.

Pourquoi investir dans le capital-investissement : rendement et risques

Entrer dans le private equity suppose d’être prêt à immobiliser ses fonds pendant des années et d’accepter d’affronter un niveau de risque élevé, notamment à cause de la difficulté de revendre rapidement ses parts.

La recherche de rendements supérieurs séduit, mais rien n’est garanti. Nombre d’épargnants en ont fait l’amère expérience, surtout parmi ceux qui n’ont visé qu’un bénéfice fiscal.

Quels risques pour l’investisseur ?

Deux dangers principaux : l’illiquidité et la perte pure et simple du capital.

Risque de liquidité

Les parts non cotées ne s’échangent pas sur un marché organisé. Chaque vente est unique, négociée au cas par cas.

Concrètement, la revente peut demander beaucoup de temps et n’a rien d’automatique, contrairement à l’univers boursier.

L’opportunité de vente dépend en outre d’une valorisation suffisante pour générer du rendement. Cela demande que l’entreprise ait mûri (cas du capital-risque, capital développement) ou que la dette issue du rachat ait été remboursée (pour une transmission).

La durée recommandée varie classiquement de 5 à 7 ans, parfois jusqu’à 10 ans.

Si un avantage fiscal existe, une immobilisation minimale de 5 ans s’impose sous peine de le perdre. Dans la pratique, les fonds opèrent entre 5 et 7 ans avant sortie.

Risque de perte en capital

Un investissement dans le private equity peut se solder par la disparition de la totalité des montants engagés, en cas d’échec ou de défaillance de la société.

L’absence de cotation accroît cet aléa : il ne s’agit pas de réaliser des plus-values régulièrement. Le rendement dépend totalement de la valeur à la sortie.

L’évaluation s’avère également complexe : il n’existe pas de cotation officielle mais des méthodologies (actif net réévalué, flux de trésorerie actualisés…) souvent techniques.

Finalement, la valorisation repose principalement sur une négociation entre vendeur et acquéreur, le mode de sortie (rachat, fonds, IPO) influant sur le prix.

Paradoxe : certains investisseurs apprécient justement ce côté hors bourse. Les fluctuations sont bien réelles, mais invisibles jusqu’à la sortie car les valeurs ne sont réactualisées qu’une fois par an, lors des bilans ou cessions d’actifs.

Le private equity est à l’abri de la volatilité apparente, mais pas du risque de tout perdre.

Quelle rentabilité espérer, selon quels critères ?

Dans cet univers sans cotation ni dividende régulier, la performance se juge à l’aide de différents indicateurs, principalement le TRI (taux de rendement interne), le multiple et l’indice PME.

Le TRI (taux de rendement interne)

Le TRI reflète le rendement réel en tenant compte de tous les flux financiers sur toute la durée de l’investissement.

Le calcul démarre dès la première souscription.

À fin 2019, selon France Invest, le TRI moyen des fonds français atteignait 10,4 % sur 32 ans, 11,4 % sur 15 ans et 12,8 % sur les fonds déjà clôturés.

Sur 15 ans, la performance du private equity (11,4 %) surclasse largement le CAC 40, limité à 6 %.

Mais ce rendement supérieur s’accompagne d’un niveau de risque bien plus élevé que les grandes valeurs de la bourse. Cette différence, qu’on appelle prime de risque, traduit la moindre liquidité et la volatilité inhérente à l’investissement non coté.

Comparatif des rendements : private equity français face aux autres supports sur 15 ans (2005-2019).

Source : France Invest/EY

Le rendement varie fortement selon la stratégie : le capital-risque rapporte en général moins que les opérations de transmission.

Performance des fonds par segment en France : capital-risque, capital-développement, transmission.

La durée joue aussi : on observe la fameuse courbe en J, avec une rentabilité négative les premières années puis positive progressivement.

Exemple : lors des premières années, le poids des sociétés encore non rentables creuse mécaniquement la performance, mais avec le temps, la rentabilité des participations plus matures se manifeste.

Autre indicateur clé : l’encours non encore investi. Cette réserve de cash disponible (aussi appelée « poudre sèche »), gonflée par l’abondance de liquidités post-crise, fait monter la compétition sur les plus belles cibles, parfois au risque de créer des excès de valorisation.

Certains analystes craignent ainsi une bulle sur le secteur. La crise sanitaire de 2020 a ébranlé nombre d’évaluations, ce qui pourrait rebattre les cartes, à condition de rester sélectif sur les sociétés choisies.

Le multiple : distribution et valeur résiduelle

Pour un suivi chiffré, on additionne d’un côté le montant effectivement distribué (DPI), de l’autre la valeur résiduelle (RVPI) rapportée au capital investi.

  • DPI : part redistribuée aux investisseurs au fil du temps par rapport au capital versé.
  • RVPI : estimation de ce qu’il reste à valoriser, toujours par rapport au capital initialement investi.

Indicateur PME : le test face au marché coté

L’indicateur PME (« Public Market Equivalent ») apporte une comparaison avec la performance d’un indice boursier tel que le CAC 40, à durée égale. Un outil utile pour situer sa prise de risque et évaluer le choix du private equity par rapport à un placement plus classique.

Pour juger la performance nette, il ne faut jamais négliger la fiscalité.

La fiscalité du capital-investissement

Les placements dans le capital-investissement relèvent du régime fiscal des valeurs mobilières. L’investisseur optimise la fiscalité en logeant ses titres dans différentes enveloppes.

Certaines solutions d’investissement donnent également accès à des avantages fiscaux ciblés : réduction d’impôt à la souscription, exonération potentielle sur la plus-value, ou report de taxation (article 150-0 B ter du Code général des impôts).

Règles générales : dividendes et plus-values

Les titres non cotés sont imposés selon des modes communs :

  • Flat tax : 12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux (soit 30 % tout compris).
  • Barème progressif : allégement possible (abattement de 40 % sur dividendes, abattement pour durée de détention sur plus-value pour les titres acquis avant janvier 2018). Les prélèvements sociaux restent dus dans tous les cas.

En logeant ses titres dans l’assurance vie, le PEA ou le PEA-PME, il est possible d’alléger la facture. Mais seuls certains fonds de capital-investissement sont éligibles aux contrats d’assurance vie, et chaque enveloppe applique ses propres règles.

L’assurance vie permet, après 8 ans, de ramener l’impôt à 7,5 % sous certaines conditions, avec abattement annuel (4 600 € pour un célibataire, 9 200 € pour un couple). Pour les titres éligibles, PEA et PEA-PME exonèrent la plus-value au bout de 5 ans (hors prélèvements sociaux).

Pour en bénéficier, l’investisseur et sa famille ne doivent pas dépasser 25 % des droits de vote de la société non cotée pendant les 5 années précédant la souscription et la période de détention. Une contrainte fréquente dans le secteur, à ne pas négliger.

Les dividendes sur PEA sont exonérés à hauteur de 10 % du prix d’acquisition des titres.

Incitations à l’investissement : les dispositifs fiscaux

Certaines solutions boostent l’attrait via des réductions :

  • Investir dans une PME de moins de 7 ans (ou plus, sous conditions) ouvre droit à une réduction d’impôt Madelin : 18 % (ou 25 % sur certaines périodes), plafonnée à 50 000 € pour une personne seule et 100 000 € pour un couple, sous condition de conserver ses titres 5 ans. L’ensemble doit rester dans la limite globale des niches fiscales (10 000 € par an).
  • Souscription à un FCPI ou FIP : réduction de 18 % portée à 25 % sur les mêmes bases de montant. À la revente (après 5 ans), la plus-value sur ces parts est exonérée d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux restant dus.
  • Souscription à un FCPR : pas d’avantage fiscal à l’entrée, mais exonération d’impôt sur la plus-value si l’on garde plus de 5 ans ses parts.

En investissant en direct, via un FCPR, un fonds professionnel ou une société de capital-risque, il est parfois possible d’activer un mécanisme de report d’imposition lors d’une transmission de titres (articles 150-0 A et 150-0 B ter du CGI).

Compte tenu de leur horizon long et de leur liquidité limitée, ces placements doivent rester minoritaires dans un patrimoine et s’adapter au profil de chacun.

Le private equity ouvre la porte à un autre horizon, loin des marchés cotés et balancé par la promesse de rendements alléchants. Mais placer tout son espoir dans cette catégorie serait une erreur. Le risque de perte ne s’efface jamais et la liquidité fait toujours défaut.

Pour avancer avec lucidité, mieux vaut diversifier et s’entourer de conseils expérimentés. Les spécialistes du patrimoine ou du private equity savent ouvrir la voie, éviter les chausse-trappes et valoriser les vraies opportunités sans tomber dans l’illusion du rendement facile.

sources :

  • Étude France Invest/EY : performance du private equity
  • Analyse BSI : performance du capital-investissement français
  • article 150-0 A du CGI
  • Article 150-0 B ter du CGI

Anne Brouard

Anne Brouard est formatrice pour es-Banque, spécialiste de l’ingénierie patrimoniale et fondatrice de JUST DEEP CONTENT, agence de contenu dédiée à la gestion d’actifs.

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