Par F.G - Développement-entreprise.com

source photo : Archives de la Commission Européenne
La délocalisation est souvent présentée comme une sorte de menace sur l’emploi et de perte d’attractivité des bassins de production délocalisant.
Il est vrai que cela correspond souvent à un réel danger économique.
Toutefois, il reste à travailler sur un nouveau modèle de délocalisation qui, bien pensé et prenant sérieusement en compte la gestion du facteur humain – à
commencer par l'accompagnement des carrières continuées à l’étranger – serait enfin signe d’une aptitude des entreprises françaises à s’inscrire dans les grandes tendances de leur
époque.
Aussi est-ce dans cette perspective que Pascal Lamy, Directeur Général de l’OMC, explique la manière dont la délocalisation répond aux intérêts communs des consommateurs et
des producteurs.
Il souligne notamment la conjonction de prix avantageux pour les consommateurs et des facteurs de production étendus pour les producteurs.
Ceci, à l’heure où Internet et la numérisation permettent une première approche de partenaires internationaux nécessaire à relever le défi d’une concurrence devenue internationale.
Pascal Lamy rappelle aussi qu’il est rare de voir une entreprise simplement fermer ses portes pour s’installer ailleurs. On observe plutôt la délocalisation de services
semblables aux centres d’appels, aux back-offices des banques et à leurs comptabilités, accompagnés de la préservation des « emplois autochtones » dans les départements constitutifs de
l’offre spécifique aux entreprises
Par ailleurs, Jean Arthuis, Sénateur (centriste) de la Mayenne, Président de la Commission des Finances du Sénat, Ancien Ministre, présentant le
rapport « Délocalisations : rompre avec les modalités pour sauver le modèles français » de la même Commission, tient à rappeler un chiffre qui va ici nous permettre de
présenter les différents intérêts de la délocalisation ;
Source photo : site personnel de Jean Arthuis hebergé par le Sénat
200 000 emplois entre 2009 et 2013 devraient être délocalisés dans les services et ceci n’a rien d’une mauvaise nouvelle dès lors que l’on organise la délocalisation en l’inscrivant dans le
mouvement plus large qui l’accompagne au niveau mondial, afin de choisir et non plus subir les restructurations des marchés.
Ceci suppose un pré-requis pour lequel, il est vrai, la France doit encore fournir quelques efforts dans une démarche encore nouvelle pour elle : repérer au plus
tôt les compétences les plus spécifiques de la production nationale afin d’anticiper l’offre et le positionnement que la nation puisse offrir à l’ère des changements internationaux, plutôt
qu’ignorer ces derniers et risquer d’en payer ultérieurement un prix élevé.
Ceci présuppose que l’on ait intégré l’idée de définir une offre qui puisse se positionner de manière assez concurrentielle concernant les prix les plus avantageux et
la recherche de facteurs de production qualitatifs, soutenus par une flexibilité établie dans un esprit de collaboration respectueuse des différents acteurs de l’entreprise.
On voit donc que la redéfinition accompagnée des facteurs les plus classiques définissant l’offre commerciale constituent un atout clé à l’heure où l’annulation des distances
géographiques, ainsi qu’Internet et la numérisation, transforment le monde en une place de marché à la fois unique et démultipliée.
La délocalisation, dès lors, est un train qu’il ne faut pas rater
et qu’il importe de bien préparer. La peur de cette nouvelle tendance ne pouvant mener qu’à la baisse de compétitivité et à la sclérose des appareils de production nationaux (on sait ue
l'appareillage industriel français est déjà peu concurrentiel face aux standards de qualité allemande pour la zone européenne) , ce qui s'accompagnerait de pertes de marché
extérieurs.
Être en plusieurs endroits à la fois et placer le bon service au bon endroit, voilà le genre de nouvelles questions qui se poseront aux entreprises autochtones de chaque
nation (lesquelles n'ont par ailleurs pas à renoncer à leurs identités mais doivent plutôt profiter de cette ouverture pour faire connaître le caractère qualitatif des appellations d’origines de
leurs produits, notamment concernant certains secteurs pour lesquels cette démarche soutiendrait leur croissance rapide).
La délocalisation, c’est aussi le moyen de lutter contre la « non-localisation » (Jean Arthuis), qui est le vrai problème des entreprises auquel se retrouvent
acculées les entreprises qui craignèrent de délocaliser au moment où elles en avaient l’opportunité.
On peut définir assez simplement la non-localisation comme ce phénomène par lequel, lorsqu’une gamme sort du marché à son terme, le cycle de production prévoyant
naturellement une nouvelle gamme prenant le relais, n’a plus lieu ; la production ne se fait alors plus qu’en dehors de la nation et sans rapport aux critères d’un choix juste et
réellement lié aux intérêts de l’entreprise et de ses travailleurs.
En ce cas, on peut parler d’une perte structurelle car il s’agit d’un renoncement au processus d’enrichissement de l’entreprise.
Tout au contraire, la délocalisation maintien ce processus d’enrichissement car elle est le prolongement, ailleurs, d’un savoir-faire que l’on continue de savoir penser,
définir, produire et faire évoluer dans le pays d’origine tout en bénéficiant des conditions de production les plus avantageuses dans le pays de délocalisation.
Enfin, la délocalisation choisie préserve l’image unifiée de l’entreprise – ce qui est capital pour sa communication – là où la non-localisation subie déstructure
l’entreprise et lui donne l’image d’une simple machinerie oublieuse de préserver les articulations de sens et d’image qui permettaient à l’entreprise d’avoir une véritable identité et de lui
donner un cachet de qualité.
Cette problématique des déplacements à gérer de manière anticipée afin qu’ils ne se produisent par eux-mêmes d’une manière qui nous échapperait, se retrouve à tous les
niveaux de l’entreprise.
C’est ainsi que Jean Arthuis avoue lui-même être quelque peu étonné d’observer, (comme tous les Français eux-mêmes l’ont longtemps
cru) qu’une région comme la Mayenne ne soit pas le premier producteur au monde de lait, et que cette première place du podium revienne à l’Inde.
En approfondissant la question, nous trouvons la cause originelle de cette mauvaise surprise :
La recherche agro-alimentaire française est assez peu tournée vers la filière laitière (pourtant associée à l’imagerie de son patrimoine national). Ceci, alors même que
la recherche, ailleurs, permet de créer de nouveaux produits à base laitière ou d’en améliorer constamment la qualité et les conditions de production (tandis même que l’Inde est un pays où les
vaches ne sont pas toujours les mieux nourries).
En d’autres termes, le travail de transformation rendu possible par les services et la recherche peuvent changer le positionnement d’un produit ou la filière de
production d’un pays du tout au tout.
Beaucoup de directeurs d'entreprises ne le comprennent que trop tard.
C’est de l’avoir compris que l’Inde, sans doute initialement tournée vers l’alimentaire pour des questions de survie, place désormais 50% de son investissement en
recherches vers les produits laitiers, devenant ainsi leader sur un marché aux demandes importantes dans plusieurs régions du monde.
L’étude sur la délocalisation permet, dans ces échanges rapprochés, de percevoir et prévenir enfin des faiblesses fondamentales que certains partenariat, associant recherche
et délocalisation, permettraient de rattraper.
Le positionnement de la recherche dans cette perspective de délocalisation étant toutefois assez particulier, il doit rester l’objet d’une étude au cas par cas.